À Mont-Saint-Guibert et Court-Saint-Étienne, la circulation des engins agricoles questionne : voiries étroites, matériel plus lourd et interdiction des +10 tonnes à Beaurieux relancent le débat sur l’adaptation des villages au partage de l’espace public.
Il suffit parfois d’un panneau pour changer une routine. Quand Jonathan Dolphens monte dans son tracteur et accroche sa benne de plus de 28 mètres, son trajet vers la N25 n’est plus aussi simple qu’avant. L’itinéraire le plus direct passerait par Beaurieux, sur le territoire de Court-Saint-Étienne. Mais depuis 2010, les véhicules de plus de dix tonnes n’y sont plus autorisés, sauf riverains et fournisseurs. Alors Jonathan contourne. Il traverse d’autres rues, parfois plus étroites, parfois plus fréquentées. Le trajet s’allonge. "Pour rejoindre la N25, le plus simple serait de passer par Beaurieux. Aujourd’hui, je dois faire un détour important et traverser tout le centre du village." Pour cet agriculteur installé à Mont-Saint-Guibert, ce sont des kilomètres en plus, du temps en plus, du carburant en plus. Mais au-delà du détour, c’est une évolution plus large qu’il pointe. "Les machines agricoles ont évolué. Elles sont plus grandes qu’il y a vingt ou trente ans. Mais les routes, elles, n’ont pas changé."
Une décision prise il y a 15 ans
Du côté de Court-Saint-Étienne, on rappelle que la règle ne date pas d’hier. En 2010, à la suite d’échanges avec les habitants de Beaurieux, la commune décide de limiter le passage des véhicules de plus de dix tonnes afin de réduire le trafic de transit dans le village. Le bourgmestre, Steve de Wevere, insiste : "La limitation est en place depuis 2010. Elle ne vise pas les agriculteurs en particulier, mais tous les véhicules de plus de dix tonnes." Accorder une exception individuelle poserait, selon lui, un problème d’équité. "Si on autorise un agriculteur, on doit autoriser l’ensemble des convois agricoles du centre du Brabant wallon." Car le débat dépasse un seul tracteur : certains convois agricoles ou camions peuvent atteindre 40 tonnes.
Des routes pensées pour un autre temps
Mais au fond, le problème est peut-être ailleurs. Dans le centre du Brabant wallon, de nombreuses voiries datent d’une époque où les voitures étaient rares et les engins agricoles bien plus modestes. Les villages se sont densifiés. Les voitures stationnent devant des maisons qui n’avaient pas été conçues pour cela. À Mont-Saint-Guibert, ancien village industriel, les habitations ouvrières ne disposent souvent pas d’emplacements privatifs. L’espace public s’est rétréci. Julien Breuer, bourgmestre de Mont-Saint-Guibert, estime que la question mérite d’être objectivée. "Nous avons demandé à Court-Saint-Étienne des éléments objectifs qui justifient le maintien de cette interdiction." Les deux communes disent vouloir poursuivre le dialogue, éventuellement à l’échelle provinciale, pour réfléchir à des itinéraires adaptés aux poids lourds.
Pour l’heure, aucune dérogation individuelle n’est envisagée. Jonathan continuera donc à faire le détour. Mais derrière ce panneau, une question plus large se dessine : comment faire cohabiter des villages conçus hier avec des machines pensées pour l’agriculture d’aujourd’hui ?
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