La ferme et la pépinière Henricot à Corbais, paradis des oiseaux


C'est un cri d'alarme lancé la semaine dernière par des ornithologues : les populations d'oiseaux de nos campagnes sont en fort déclin. Un tiers d'effectifs en moins en 15 ans. En cause, notamment, l'agriculture intensive qui entraîne une disparition des habitats et qui utilise des produits chimiques. Mais tous les agriculteurs ne sont pas à stigmatiser. Certains, de plus en plus nombreux, vont à contre-courant des pratiques conventionnelles. A Corbais, par exemple, c'est le cas de la famille Henricot, bien connue pour sa ferme et sa pépinière sous serres. Le fils de la famille, Damien Henricot, a tenu à faire passer un message positif sur les réseaux sociaux. Chez eux, les oiseaux foisonnent, on y trouve de très nombreuses espèces. Et cela, grâce à des aménagements réalisés pour eux, et surtout à l'usage de pratiques agricoles alternatives et durables.

"Préserver son sol, c'est préserver la nature"

A Corbais, la famille Henricot exploite une pépinière dans des serres de 7000 mètres carrés et une ferme sur plus de 100 hectares. En adoptant des pratiques durables, elle a créé un véritable sanctuaire pour les oiseaux dans un lieu pourtant cerné par deux axes routiers importants : la N4 et l’E411. "Cela fait 17 ans que j'ai pris le taureau par les cornes, lorsque j'ai succédé à mon père. Lui pratiquait l'agriculture tout à fait conventionelle. J'ai supprimé la charrue, dans un premier temps, suite à des problèmes d'érosion et de compaction de sol. La technique marche très bien. Vous commencez à accumuler de plus en plus de vers de terre et de vie dans le sol. Et vous réfléchissez à moins pulvériser. Le fait de préserver son sol, c'est le début de toute une histoire qui finit par préserver la nature", nous explique Claude Henricot. Il y a quelques jours, son fils, Damien, a posté un message sur Facebook. Il voulait faire passer un message positif et signaler que certains agriculteurs sont respectueux de la nature, alors que l'ensemble de la profession est souvent fustigé. "On voit tous les jours ou tous les deux jours des messages négatifs à propos de l'agriculture dans les médias. Parfois à raison, parfois à tort également. Il y a des jeunes et des moins jeunes agriculteurs qui font des choses en faveur de l'environnement".

Une cinquantaine d'espèces, dont plusieurs rapaces

Dans leurs champs, Claude et Damien Henricot ne labourent donc plus, ils n’utilisent pas d’insecticides, et très peu d’herbicide, uniquement dans des cas très particuliers. Ils privilégient des sols couverts toute l’année, les associations de culture et favorisent les insectes auxiliaires, de quoi minimiser l’impact des nuisibles sur les cultures. Sans oublier l’installation de haies de variétés indigènes. L’ensemble de ces pratiques a un effet bénéfique sur la biodiversité dans son ensemble et donc sur les oiseaux. Pour aller encore plus loin, la famille a aussi installé de très nombreux nichoirs et perchoirs sur ses terres. D’où une grande diversité d’espèces qui ont trouvé ici un large panel de biotopes : alouettes, vanneaux, chardonnerets, pinsons, et même chouettes effraies et faucons crécerelles qui ont adopté les nichoirs spécialement créés pour eux. L’ornithologue Pascal Goset, collaborateur bénévole de l'Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique, vient d’ailleurs souvent sur place pour observer et parfois baguer ces volatiles. "C'est vraiment une oasis au milieu d'un désert. Ce n'est pas par hasard que, pendant l'hiver, il y a une concentration d'oiseaux. Ce n'est pas par hasard non plus que pendant la période de nidification, il y a aussi des oiseaux. Parce qu'ils trouvent ici un endroit où pouvoir se nourrir et se réfugier. Il y a des haies ici, une aulnaie de l'autre côté. Ces biotopes différents attirent des oiseaux différents. Au niveau de la capture et du baguage, nous avons capturé une cinquantaine d'espèces différentes pendant l'hiver".

L'importance d'agir rapidement

Un baguage qui permet de suivre l'état des populations au fil du temps. De manière générale, les diminutions constatées peuvent être importantes d’une année à l’autre. Un effondrement des populations se produit parfois en quelques années, seulement. D’où l’importance d’agir rapidement, et d’adopter des pratiques agricoles plus durables. Celles-ci fonctionnent, aussi au niveau de la rentabilité, comme le prouve depuis un bon moment la famille Henricot sur une grande surface.

François Namur - Images : Dominique Tournay

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