Depuis quelques années, les mois de janvier et de février riment avec sobriété. Dry January et la Tournée minérale font de plus en plus d'adeptes... et font réaliser à davantage de Belges qu'ils ont un problème avec l'alcool.
Chez les Alcooliques Anonymes, on constate que la prise de conscience de l'alcoolisme est accentuée par ces mouvements. Une prise de conscience essentiellement puisqu'elle est le premier pas vers une "guérison", qui n'aboutit jamais réellement puisque le processus est cyclique. "Un jour après l'autre" comme se plaisent à dire ceux qui poussent les portes des AA.
Nous avons pu assister à l'une de ces réunions, tenue à Louvain-la-Neuve. Là, nous y avons trouvé une petite vingtaine d'habitués, dans un esprit convivial et léger. La réunion du jour s'ouvre sur une anecdote : l'un des membres des AA raconte comment, lors d'un contrôle d'alcoolémie effectué par la police sur la route, l'éthylotest affichait évidemment un résultat négatif. Tout le monde rit dans la salle. L'ambiance est détendue, malgré la lourdeur du passé de certaines personnes présentes dans la salle.
Toucher le fond pour mieux rebondir
Maggy se confie à nous. Elle a poussé les portes des AA après avoir perdu sa famille, ses amis, son travail ou encore crashé sa voiture. Récit similaire de la part d'Alexandre, qui s'est vu retirer la garde de ses enfants après avoir provoqué un accident de voiture alors qu'il les transportait, alcoolisé. Après avoir franchi la porte des AA, ils rencontrent d'autres personnes qui ont des vécus similaires, qui les comprennent dans leur addiction. Et c'est bien cela la force des AA : un groupe soudé de personnes qui se comprennent, tirées par celles et ceux qui en sont sortis.
Dans la pratique, les AA proposent un programme en douze étapes, invitant à la réflexion et à l'introspection. La première consistant à admettre que l'alcool est désormais le guide de sa vie. Au programme du jour, c'est la deuxième étape qui est discutée. "Nous en sommes venus à croire qu'une Puissance supérieure à nous-mêmes pouvait nous rendre la raison." Ce sont ces exacts termes qui sont rédigés dans le petit livret partagé par les membres des AA. Né dans une Amérique profondément chrétienne en 1935, le mouvement tire ses racines de la religion, mais s'en est progressivement détaché pour toucher le monde entier et résonner en chacun de ceux qui en font partie. Cette "puissance supérieure", chacun la décrit à sa manière autour de la table. Mais une définition revient souvent : la force du groupe. Il est clair que chacun ici s'en sort grâce aux autres, une dynamique sociale où chaque individu ne retire que du positif.
De meilleures personnes
Le résultat de jours, de mois, d'années voire de décennies d'abstinence, ce sont des personnes élevées spirituellement, socialement, qui ont retrouvé une joie de vivre... loin de tout alcool. En observant les personnes autour de la table, on réalise vite qu'on a affaire à Monsieur et Madame Tout-le-Monde. Des personnes issus de tous niveaux sociaux, économiques et intellectuels. Ceux qui suivent le processus des AA en ressortent grandis, probablement meilleurs que ce qu'ils n'auraient pu être sans cette expérience. René, abstinent depuis bientôt 20 ans, y a trouvé une forme de rédemption, une famille, des amis, retrouvé son sommeil... et même une épouse !
Force est de constater qu'une sorte d'énergie positive circule entre ces murs. Nous n'y étions qu'en spectateurs et, pourtant, on a le sentiment de se sentir plus léger en quittant les lieux.
Si vous souhaitez aller à la découverte de l'un des groupes des Alcooliques Anonymes près de chez vous, rendez-vous sur cette page. Toutes les réunions y sont listées. Certaines d'entre elles sont ouvertes au public et même aux non-alcooliques à titre d'observateurs.
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