Fedasil Jodoigne : double crise dans le centre, la CGSP tire la sonnette d'alarme

|

Difficile de percevoir la réelle atmosphère au sein des centres d'accueil de réfugiés Fedasil face au tabou qui entoure ces établissements. Pourtant, on peut sentir le malaise qui y règne en ce moment. Cette semaine, une émeute éclatait dans le centre de Jodoigne, qui se classe parmi les plus importants du pays avec une capacité d'accueil de 450 personnes.

"C'était une émeute spectaculaire, deux communautés se sont affrontées, il y avait au moins 50 personnes impliquées", témoigne un membre du personnel resté anonyme. "Il y a eu plusieurs blessés légers dont un grave". Ce genre d'incidents n'a rien d'ordinaire puisqu'il s'agirait selon le travailleur du deuxième de la sorte... en 30 ans. Le premier étant dû à une crise de suroccupation dans les années 90.

Cela ne semble pas même étonner Fedasil, le responsable de la communication Benoît Mansy explique que "ce genre d'incidents, on l'a déjà observé. Quand un grand nombre de personnes se retrouvent confinées, les tensions augmentent". Si cette émeute n'est pas directement à mettre à l'actif de la crise du Covid-19, cette dernière en est toutefois indirectement la cause. Une crise sanitaire qui vient s'ajouter sur fond de crise migratoire, ça provoque des étincelles, et l'inquiétude monte au sein du personnel quant à la gestion de cette nouvelle crise.

Des mesures sanitaires appliquées à la carte

Ce mardi, la CGSP accusait les instructions de Fedasil jugées "contradictoires" et "inapplicables", avant d'ajouter : "Les personnes placées en isolement circulent librement dans les structures d'accueil et elles se mélangent entre elles. Le personnel est d'autant plus préoccupé qu'il n'a pas ou trop peu d'équipements de protection."

Notre contact au sein du centre Fedasil de Jodoigne nous donne un exemple concret de l'application "à géométrie variable des instructions" par les directeurs des différents centres : "On nous dit que les matches de foot sont interdits. La direction nous dit qu'on ne peut pas leur retirer ça alors on autorise 5-6 personnes sur le terrain mais, en pratique, ils sont 20".

Du côté de Fedasil, on nous confirme qu'organiser le confinement dans une structure d'accueil collective, cela relève de l'impensable. "Il y a la barrière de la langue ou la méconnaissance des règles sanitaires", précise Benoît Mansy. Alors, diverses règles se mettent en place : des éviers supplémentaires pour inciter au lavage des mains, des réfectoires aménagés pour minimiser les contacts entre les résidents, des temps de midi plus longs pour échelonner les repas voire les distribuer directement en chambres. Mais cela ne suffit pas.

Le personnel au bord de la rupture

Le personnel se sent négligé, d'autant qu'aucun matériel de protection ne leur est fourni, à l'exception du personnel médical et de masques offerts par des bénévoles. "De toute façon, comment voudriez-vous faire respecter ça?", s'interroge notre travailleur de Jodoigne.

Résultat des comptes : le personnel, déjà éreinté, travaille sous tension, avec la crainte d'une rupture au sein des effectifs. "On compte 25 à 30% d'absents", précise le travailleur. Le porte-parole de Fedasil soutient lui que dans le contexte actuel "on donne la priorité aux tâches primaires, sécurité, accueil et entretien, par rapport à l'animation et l'accompagnement social. Il y a un changement de fonction parmi les effectifs".

Mais ce qui soulève aujourd'hui le plus de craintes à la CGSP, c'est la réouverture du centre d'arrivée de Bruxelles ce mardi 7 avril, synonyme de nouveaux arrivants dans les centres d'accueil, donc de mouvements de personnes à risque. Le personnel exige des mesures sanitaires fortes et un suivi strict de leur application sur le terrain. "Si demain il y a des cas avérés dans les centres, il risque d'y avoir des mouvements de panique", craint le collaborateur anonyme du centre de Jodoigne.

Entre humanité et respect des consignes, il semble difficile voire impossible de trouver un juste milieu.

Florentin Franche

Recommandations

Image
L'invité dans l'actu - Charles Gourdin, Échevin du Tour Sainte-Gertrude et des Cultes pour Nivelles

L'invité dans l'actu - Charles Gourdin, Échevin du Tour Sainte-Gertrude et des Cultes pour Nivelles

Image
Thierry Couvreur - Co-fondateur des "Voies de la Liberté"

Thierry Couvreur - Co-fondateur des "Voies de la Liberté"

Image
L'invité dans l'actu - Lucie Morauw - prix Amnesty Jeunes des droits humains 2026

L'invité dans l'actu - Lucie Morauw - prix Amnesty Jeunes des droits humains 2026

Image
Au cœur d'une réunion des AA : quand introspection et bienveillance soignent l'alcoolisme

Au cœur d'une réunion des AA : quand introspection et bienveillance soignent l'alcoolisme

Depuis quelques années, les mois de janvier et de février riment avec sobriété. Dry January et la Tournée minérale font de plus en plus d'adeptes... et font réaliser à davantage de Belges qu'ils ont un problème avec l'alcool.
Image
L'IAD désigne son nouveau directeur : Talheh Daryanavard prendra ses fonctions le 1er avril

L'IAD désigne son nouveau directeur : Talheh Daryanavard prendra ses fonctions le 1er avril

L'Institut des Arts de Diffusion (IAD) se dote d'un nouveau directeur, Talheh Daryanavard. L'école supérieure de Louvain-la-Neuve était à la recherche d'un nouveau numéro un après s'être séparée d'Étienne Baffrey, dans un contexte de crise.
Image

L'invité dans l'actu - Michel Evens : psychiatre spécialisé en désintoxication & représentant des Alcooliques anonymes

Image
L'invité dans l'actu - Frédéric Lemmers, président de l'asbl L'Escalpade

L'invité dans l'actu - Frédéric Lemmers, président de l'asbl L'Escalpade

Image
Immersion en anglais : apprendre une langue pour s’ouvrir au monde

Immersion en anglais : apprendre une langue pour s’ouvrir au monde

Dans certaines écoles, l’immersion linguistique permet aux élèves de suivre certains cours de leur cursus directement en anglais. Une autre façon d’apprendre, qui dépasse la langue et ouvre aussi au monde.
Image

L'invité dans l'actu - Katel Freson - Générations solidaires

Image
La Ligue Braille lance des ateliers de couture adaptés aux personnes malvoyantes

La Ligue Braille lance des ateliers de couture adaptés aux personnes malvoyantes

Pour la première fois en Belgique, la Ligue Braille propose des ateliers de couture adaptés aux personnes malvoyantes, afin de rendre cette activité créative accessible malgré la déficience visuelle.
Image

Florence Van Caillie - Directrice Parcours Tremplin Programme Tremplin

Image
Un professeur du collège Saint-Etienne mobilise ses élèves pour Action Damien

Un professeur du collège Saint-Etienne mobilise ses élèves pour Action Damien

Dimanche, c'était la Journée mondiale des malades de la lèpre. A cet égard, la traditionnelle campagne de sensibilisation et de récolte de fonds d’Action Damien s'est déroulée sur trois jours.
Image
Le frelon asiatique, comment et quand lutter ?

Le frelon asiatique, comment et quand lutter ?

La Maison du Développement Durable a décidé de sensibiliser le grand public au frelon asiatique ! Apiculteurs et spécialistes y étaient donc de passage pour, notamment, nous expliquer comment lutter au mieux contre ce prédateur.
Image
Faute de personnel, le tribunal de police du Brabant wallon doit réduire ses horaires

Faute de personnel, le tribunal de police du Brabant wallon doit réduire ses horaires

Du lundi 26 janvier au vendredi 3 avril inclus, les greffes de Nivelles et Wavre du tribunal de police du Brabant wallon réduiront leurs heures d'ouverture en raison d'un manque aigu de personnel.
Image
À Braine-l'Alleud, le feu de sapins démarre l'année sur de bonnes braises

À Braine-l'Alleud, le feu de sapins démarre l'année sur de bonnes braises

À Braine-l’Alleud, le traditionnel feu de sapins a une nouvelle fois marqué le début de l’année. Près de 3 500 sapins sont partis en fumée à Ophain, dans une ambiance conviviale… et particulièrement chaude, même pour les pompiers.