En chanson, François-Marie Gérard fait revivre une page méconnue de notre histoire : celle de familles wallonnes contraintes de tout quitter au XIXe siècle pour tenter leur chance en Amérique. Une œuvre qui fait écho aux migrations d’aujourd’hui.
Ils sont partis sans certitude, mais avec l’espoir tenace d’une vie meilleure. Au milieu du XIXe siècle, des familles de Grez-Doiceau et des environs ont quitté leur terre pour rejoindre l’Amérique. Une histoire aujourd’hui remise en lumière à travers un projet original où récit historique et chanson se mêlent.
"Voilà, c’est décidé. Nous allons émigrer…" La voix oscille entre parole et mélodie. Elle raconte, elle chante, elle fait revivre une époque. Celle de 1853, marquée par la famine en Europe. En cause notamment : le mildiou qui ravage les cultures de pommes de terre. Pour de nombreux paysans, c’est la survie même qui est en jeu. Face à cette crise, certains font un choix radical : partir. Quitter leur village, leur pays, leurs repères, pour traverser l’océan. Direction l’Amérique, un territoire encore en construction, qui attire et recrute.
"On ne sait pas grand-chose, mais il faut oser. On n’a plus rien à perdre", résume le récit. Ces premiers départs depuis Grez-Doiceau seront suivis par d’autres, venus du Brabant wallon, de Namur ou encore de Bruxelles. Leur trace existe encore aujourd’hui, notamment dans le Wisconsin, où plusieurs localités portent des noms familiers : Namur, Champion…
Le voyage, lui, est loin d’être une promesse idyllique. Pour traverser l’Atlantique, ces migrants doivent payer des intermédiaires, déjà assimilables à des passeurs. Les conditions de transport sont difficiles, parfois insupportables. Mais à l’arrivée, une différence majeure avec les migrations actuelles : ces nouveaux arrivants sont attendus. L’Amérique a besoin de bras pour occuper et développer son territoire.
À travers ce projet sonore, l’histoire prend une dimension contemporaine. Car si le contexte a changé, les motivations restent proches. "C’est une migration économique, comme aujourd’hui", souligne François-Marie Gérard, auteur, compositeur, interprète de cet album "Wisconsin!". Partir parce qu’on ne peut plus vivre dignement chez soi, espérer ailleurs ce qui manque ici.
Entre mémoire locale et résonance actuelle, le récit rappelle que derrière chaque migration, il y a des trajectoires humaines, des choix difficiles et une part d’inconnu. Et toujours, cette même étincelle : celle de croire en un avenir meilleur.
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