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Julos Beaucarne, l'artiste multiforme, s'en est allé

 19 septembre 2021 12:07  


Julos Beaucarne, l'artiste aux mille visages, s'en est allé à l'âge de 85 ans. Celui qu'on reconnaissait aisément grâce à ses tricots arc-en-ciel n'avait plus fait d'apparition publique depuis plusieurs années en raison de sa maladie.

Né le 27 juin 1936 à Écaussines, Julos Beaucarne s'est d'abord établi à Bruxelles avant de s'installer à Tourinnes-la-Grosse. Durant toute sa vie, l'artiste s'exprimera sous une multitude de formes. Du texte à la chanson en passant par la musique, sans oublier la sculpture et la poésie, Julos Beaucarne s'illustre par une capacité à jongler avec les mots et un profond amour pour les siens, les hommes.

Julos Beaucarne, l'Humaniste

Julos Beaucarne prônait l'amour de l'autre dans ses chansons, ses poèmes et ses textes. L'un des moments les plus marquants, sinon le plus important de sa vie, c'est le jour où sa femme a été assassinée. Le 2 février 1975, un homme déséquilibré que le couple avait décidé d'accueillir sous sont toit poignarde à neuf reprises Louise-Hélène France alias "Loulou", l'épouse de Julos. Maman de 33 ans, elle laisse derrière elle deux enfants et un veuf : Julos, qui écrira un texte poignant, n'accablant pas une fois celui dont la main ôta la vie de sa bien-aimée.

"C'est la société qui est malade, il nous faut la remettre d'aplomb et d'équerre par l'amour et l'amitié et la persuasion", rédigeait-il dans sa lettre ouverte. Dans le deuil, Julos Beaucarne n'étale pas son malheur sur papier, il demande à ceux qui le lisent "d'aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches".

Julos Beaucarne, le poète

Des textes écrits par Julos Beaucarne, il en existe beaucoup. Vraiment beaucoup. Il s'essayait tant à l'exercice de la chanson, qu'à la poésie ou la prose. Un point commun unit tous ses textes : ils prônent une vision positive de la vie, rivalisent de tendresse et sont d'une justesse incomparable.

Amoureux de la langue française, Julos Beaucarne se plaît à créer des virelangues, ces phrases à prononcer rapidement sans trébucher :

"Un vieux chasseur sobre plein de santé, mais atteint de cécité, chaussé de souliers souillés, sans cigare, fut dans la nécessité de chasser seul, sur ces champs sis en Sicile, un sinistre chat sauvage."

Julos Beaucarne, l'artiste

Avec une discographie longue comme le bras, Julos Beaucarne était un chanteur extrêmement prolifique. Des chansons à mi-chemin entre poésie et chant. Vous l'ignoriez peut-être, mais c'est à lui qu'on doit la première interprétation enregistrée de "La p'tite Gayole", cette chanson en wallon bien des fois détournée de son sens originel : une chanson qui fait l'apologie de la Francophonie et des 180 millions de locuteurs de la langue française (à l'époque bien entendu...). Une chanson qui sera adoptée par les Wallons en tant qu'hymne, non-officiel bien sûr.

Outre la chason, Julos Beaucarne est aussi doué de ses mains. À la fin des années 90, il se prend de passion pour des bobines industrielles servant à enrouler les câbles électriques. Il les empile pour réaliser d'étonnants édifices, des sortes de pagodes tantôt colorées, tantôt laissées telles quelles. Ces détournements d'objets peuvent encore être observés en divers endroits du Brabant wallon, notamment à Beauvechain où il avait élu domicile.

Julos Beaucarne laissera derrière lui un immense vide mais une œuvre telle qu'il vivra encore bien des années à travers elle.

Florentin Franche